Armand Fédou et le Bayou...

Evoquer Armand Fédou, pour moi, c'est convoquer notre jeunesse, notre amour du village et des Corbières, notre ardente passion pour la littérature et la poésie.

Il était plus jeune que moi d'une année, né 1927. Nos mères étaient de la même origine, nées à Véraza, ce haut-lieu de la préhistoire dans les Corbières occidentales.

Nous aimions les pins se profilant sur le ciel méditerranéen, et discuter de poèmes latins, même lorsque les heures étaient sévères, étendant leurs ombres sur nos plus belles années. L'un de mes plus beaux souvenirs sera la promenade qui nous emmenait du village vers la garrigue, en passant devant le tombeau d'Henry Bataille où nous récitions les vers du poète :

"Il y a quelque part une blanche maison

Où sont tous mes parents réunis.

C'est là-bas ",

Gravés dans le marbre et en lettres d'or.

Les cigales crissaient la chanson de l'été , le ciel bleu nous faisait un dais triomphal, à nous qui n'étions pas riches.

Ses poèmes, à lui, furent publiés par Seghers en un volume " Structures " , dont je retiendrai, parmi d'autres évocations de pays lointains, ces vers qui perlent d'un univers que j'ai bien connu, clos mais ouvert au monde, où il aimait tant se réfugier pour y rêver sans doute :

"Donnez moi je vous prie un tout petit jardin

Que je puisse par lui aimer toute la terre........

J'y accueille le vent on le poursuite en vain;

Et il y vient à moi tout ce qu'on ne joint guère :

Mon jardin et le monde ont un mur mitoyen."

Contraste entre ce désir fou d'un lien ombilical avec la terre natale, où les lignes, les couleurs, les parfums, nous retiennent et nous étreignent le coeur et les sens, et l'appel des terres lointaines auquel il répondit, devenu officier de marine, puis tombé amoureux d'une île et d'une jeune femme en terre anglaise. Celle qui fut la compagne de sa vie , Dorothy, et leur fille Anne-Marie nous ont restitué son oeuvre poétique en un volume " Une halte en ce décors" , Delian Bower Publishing. Exeter. Angleterre.

J'aime encore avec lui me promener encore, aux heures du couchant , sous les ombres fugaces de la garrigue parfumée. En 1960, Armand Fédou ( disparu en 1997) fut le maître d'oeuvre d'un numéro de la revue "Le bayou ", éditée par l'université de Houston- USA , numéro portant le titre significatif de " Moux " patrie des poètes. De Prosper Mestre-Huc à Henry Bataille, de Paul Baquié à Jean Lebrau, à Roland Farré et Armand Fédou, cette étude tente d'élucider le lien qui se noue entre un paysage, une lumière (illustrés ici par Martin Vives, peintre roussillonnais ) et " l'âme des poètes ".

Annecy Octobre 2000.