Henri Bataille (1872-1922) né à Nimes, décédé à Malmaison


Le Poète, l'écrivain le plus moderne de son temps...

Il y a de grands soirs où les villages meurent
Après que les pigeons sont rentrés se coucher
Ils meurent doucement, avec de bruit de l'heure
Et le cri bleu des hirondelles au clocher.
Alors, pour les veiller, des lumières s'allument,
Vieilles petites lumières de bonnes s?urs,
Et les lanternes passent, là-bas, dans la brume
Au loin le chemin gris chemine avec douceur........
Les fleurs dans les jardins se sont pelotonnées
Pour écouter mourir leur village d'antan,
Car elles savent que c'est là qu'elles sont nées
Puis les lumières s'éteignent, cependant
Que les vieux murs habituels ont rendu l'âme,
Tout doux, tout bonnement, comme de vieilles femmes.

: Bernard Delvaille- Bataille, Poète de la douleur moderne. ORPHEE


Henri Bataille est né à Nîmes, le 4 avril 1872. Les propriétés familiales étaient situées dans le Lauragais, près du canal du Midi, et à Moux, village de l'Aude, pays de chênes nains, de thym et de lavande où la lumière est crue comme celle du jugement dernier, village perdu au milieu des vignes tordues et des figuiers de barbarie, dans le vent qui semble venir d'une page de Salluste.

Henri Bataille repose dans le tombeau familial à 1 kilomètre au Sud de Moux, sur le chemin de Lagrasse. Au cours de la guerre 14/18, à la suite d'un bombardement de Saint Mihiel, le bruit avait couru qu'était détruit le "Sépulcre" oeuvre magistrale de Ligier Richer, sculpteur de la renaissance, et Henry Bataille, après avoir dans des vers de circonstance, flétri ce qu'on appelait alors la barbarie allemande, demanda que sur son tombeau fut élevé l'autre chef-d'oeuvre de Ligier Richer, le fameux "Squelette" qui domine le sépulcre de René de Chalons à Bar le Duc. Plus tard, le poème fut publié dans "la divine tragédie". C'est de lui qu'est tiré "Diis ignotis" qu'on peut lire sur l'autre plaque de marbre gardant l'entrée de l'enclos funéraire. "Je voudrais me coucher devant le seuil, hors de la maison et seul, comme si j'étais le chien-gardien qui consulte les étoiles, interroge la nuit et la rosée. J'ai bien mérité cette place favorite. Une sorte de fontaine ou de baptistère soulèvera la dépouille du sol, afin que, hissé entre les troncs des pins, je puisse voir l'Aric. Dessus je désire que l'on mette la statue de Ligier Richer, une des plus belles oeuvres du génie français, qui exprime toute la spiritualité de la mort, toute la beauté de l'effort humain. Elle est déjà sublime à la place qu'elle occupe sur le tombeau de René de Chalons, Mais dehors, sous l'azur qu'elle visera plus droit, son allégorie paraîtra singulièrement accrue. Et je suis certain qu'elle mettra plus directement le ciel en relation avec la tombe. Quelques semaines plus tard, il était emporté par la mort, le 2 mars 1922. Après uns sépulture provisoire à Paris, l'inhumation eut lieu le jeudi 23 août 1923, dans le monument que selon sa volonté on lui éleva à Moux devant la Chapelle. Sur une fontaine Renaissance, reproduction de la fontaine de Beaune, à Tours, se dresse la réplique du squelette.

Sa famille installée à Paris, il poursuit ses études au Lycée Henri IV, à Jeanson de Sailly, et chez les Eudistes à Versailles. L'échec de sa première ?uvre littéraire (La belle au bois dormant 1894) l'incite à renoncer à la littérature et au théâtre, il suit alors les cours de l'Académie Jullian et de l'Ecole des Beaux-Arts. En 1895, (merveilleuse année 1895 !) Sur l'insistance de son ami Marcel Schwob, il fait paraître son premier recueil de poésies, La Chambre Blanche.

Il publie des lithographies, Têtes et Pensées, soit 22 portraits d'écrivains parmi lesquels Gide, Jean Lorrain, Henri de Régnier, Pierre Louys etc. Puis jusqu'à sa mort, à Rueil-Malmaison le 2 mars 1922, ce sera une série ininterrompue de succès dramatiques accueillis par des admirateurs passionnés et par des critiques forcenés.

Jules Renard (Journal -Bouquins) son détracteur patenté, ne le ménage pas dans son journal " 1° mai 1899-H. Bataille, un Rostand de 26 ans et qui ne réussira pas. Plus laid et moins glorieux. Une figure jeune et vieille, sans que l'oeil puisse nettement y localiser les âges. Un peu neurasthénique, mais prend plaisir à prononcer ce mot. Je suis sûr de mourir à trente ans, dit-il. Paresseux, ennuyé, très artiste. Buveur de thé. Presque pas de corps dans des vêtements gris clair.

Autre témoin, Paul Géraldy, l'auteur de Toi et Moi "il aimait la nature et il aimait le luxe. Il avait besoin près de lui d'arbres, de fleurs, d'animaux. Jamais, je n'ai vu regarder un chien comme il le faisait... "

Il passait l'hiver à Malmaison, dans sa propriété du vieux phare et habitait officiellement avenue du Bois de Boulogne. Dans les cloches de Bâle, Aragon évoque sa silhouette. C'est au chapitre XIX du livre. Catherine est sauvée d'une rafle de police, au Bois de Boulogne, par deux inconnus, un homme et une femme, des gens riches assurément : Sous son feutre clair, l'homme avait une absence étrange de jeunesse. La pâleur du teint était faite de poudre, à vrai dire. Il y avait dans la femme quelque chose d'avide, et comme un air de désespoir". Ils invitent Catherine à passer quelques instants chez eux, ils se rendent dans le luxueux appartement proche du Bois. "Il y a des soirs, mademoiselle, où l'on se sent soudain lié à des inconnus plus qu'à des amis de toujours... "Cet homme avait, dit Aragon, a une manière à lui de charger de sens des mots d'une banalité gênante. Tout à coup, Catherine reconnut son hôte. Ou plutôt un portrait de lui au mur qu'elle avait vu dans un salon l'année précédente. Henry Bataille. L'écrivain commentait ses dernières paroles, elle l'interrompit "Je vous demande pardon, mais il faut que vous sachiez que je connais votre nom".

Bataille parlant de lui-même " Oui, j'ai vécu longtemps dans l'idée de ma mort. J'ai considéré ce monde qui m'entoure comme un feu brillant qui va s'éteindre. Cette certitude n'est point disparue avec la certitude revenue de vivre encore. Je sais que tout ceci doit périr, qui m'entoure. Le mal n'est pas dans moi, mais dans ce monde auquel j'appartiens, qui tourne et qui m'entraîne. Et c'est ce monde qui va disparaître. Et c'est ce drame que j'exprime, et c'est ce drame qui est mon théâtre et ma vie".

Ce qui nous rend si proches de Bataille, ce sont ses poèmes, cette "douleur moderne" qui n'est que les larmes de l'enfance. Bataille n'a jamais guéri de celle-ci. Parfois, ce refus d'avancer fait l'âge venir vite, laissant au cœur comme un désenchantement que rien jamais ne parviendra à compenser. Il reste des paysages, des états de l'âme qui resteront à jamais connus de nous seuls. L'enfance, c'est ce qui, plus tard sera impartageable, incommunicable, parce que vécue dans la solitude de l'enchantement et de la détresse.

Henri Bataille entra en conflit avec Hertz et Copuelin (metteurs en scène et directeurs du théâtre de la porte St Martin), au sujet de la mise en scène de sa pièce "Manon fille galante". Le contrat prévoyant la désignation de médiateurs, Henri Bataille choisit Léon Blum alors maître des requêtes au Conseil d'état. Hertz et Coquelin choisissent Lucien Descaves membre de l'Académie Goncourt. Ceci se passait en Novembre 1913. Nul ne sait s'il y eut procès entre les parties, si la pièce fut jouée, elle ne figure pas dans ses œuvres complètes. Le 22 Octobre 1924, cette pièce sert de spectacle d'ouverture au nouveau théâtre de la Madeleine. Première représentation de "Manon fille galante" elle ne porte pas de nom d'auteur. Elle est d'Henri Bataille et Albert Flament, tirée du roman de l'abbé Prévost. En 1925, cette pièce est publiée dans le N°47 des œuvres libres chez A. Fayard, sans nom d'auteur (X) mais avec cette précision "le manuscrit date de 1914, les coupures faites pour le théâtre de la Madeleine ont été rétablies, notamment le tableau de la prison." . (U. Gibert-BSESA 1972-p265)

Le 22 mars 1922, H. Bataille meurt d'une embolie alors que dans sa propriété de Rueil Malmaison il corrigeait les épreuves de "la possession".
Un square de Paris porte le nom d'Henri Bataille, en bordure du Bois de Boulogne, face à l'hippodrome d'Auteuil.

Ce qui est moins connu de son oeuvre, c'est qu'il fut joué à Broaway, dans ce lieu à la fois informel et célèbre, dans de multiples salles -Georges Cohan Theatre, Garrick Theater, Knikerboker, Victoria Theatre-, les pièces jouées sont souvent des adaptations de ses succès Parisiens, d'autres inédites; les titres- Résurrection, The Torches, The Love Child, La Tendresse, Don Juan (adapté de l'homme à la rose), The Foolish Virgn, The Scandal. The Love Child resta6 mois à l'affiche pour 167 représentations. Ces oeuvres furent jouées de Fèvrier 1903 à Novembre 1922 !

 

Œuvres Théâtrales :

Maman Colibri, La vierge folle, le Phalène, Scandale, La Possession, le masque, la marche nuptiale, Résurrection, Poliche, la femme nue, l'enfant de l'Amour.

Poésies:
La chambre Blanche, le beau voyage, la Divine tragédie, Vers préférés,

Prose:

L'enfance éternelle (les œuvres libres 1922)